Resplandy et al 2018


Nous allons reparler un peu bilan radiatif, par le truchement d’un article paru récemment sur Nature.

Il s’agit de :

Quantification of ocean heat uptake from changes in atmospheric O2 and CO2 composition de

L. Resplandy, R. F. Keeling, Y. Eddebbar, M. K. Brooks, R. Wang, L. Bopp, M. C. Long, J. P. Dunne, W. Koeve & A. Oschlies

Le principe décrit dans l’article est simple dans le fond,plus compliqué dans son exploitation chiffrée.Nous allons le décrire très succinctement.

La loi de Henry précise que la solubilité des gaz dans l’eau est une fonction de la température.

Plus l’eau est chaude et plus la solubilité est faible et inversement.

En mesurant la teneur en oxygène, par exemple, dans l’atmosphère, on devrait avoir un accès direct à la température océanique, donc à la chaleur océanique, donc au bilan radiatif si vous avez bien suivi.

Le problème étant que la teneur en oxygène varie également par un tas d’autres facteurs, un des plus importants étant la combustion des carburants fossiles.

A titre d’exemple, la combustion de 10 Gt, quantité annuelle en 2017, de carburant fossile  (exprimés en C) consomme 40 Gt d’oxygène, soit 33ppm de la quantité totale d’oxygène dans l’atmosphère.

Pour baisser la teneur en O2 de 1%, c’est-à-dire pour passer de 21% à 20%, il faudrait brûler 14000 Gt de carburant fossile.On a donc de la marge.

En fait, les auteurs ne considèrent pas uniquement l’O2 mais l’APO (Atmospheric Potential  Oxygen) = O2+1.1CO2.

L’APO se comporte vis-à-vis du réchauffement climatique comme un gaz rare et est donc utilisé comme traceur de ce dernier.

Les différents flux d’APO sont résumés dans le schéma ci-dessous:

On retrouve à droite, par exemple, la variation due aux activités industrielles.

Les raisonnement en delta par rapport à l’APO de 1991 est relativement déroutant puisqu’ ainsi l’erreur augmente avec la valeur de la mesure.

C’est à partir de ce dernier point que les auteurs vont, semble t-il, faire un peu n’importe quoi dans le traitement statistique des données.

La courbe de delta APO climate est ci-dessous:

On remarque bien, en b, la bande orange qui s’élargit.

Le delta APO clim est corrélé à la chaleur océanique gagnée ou perdue dans l’intervalle.

Le coefficient indiqué par les auteurs est de 0.87+-0.03 per meg par 10^22 J.

Les auteurs trouvant 1.16 per meg /an, ils aboutissent à 1.33+-0.20 10^22J/an.

C’est ce chiffre qui permet à certains d’affirmer que le réchauffement est plus élevé de 60% par rapport aux chiffres précédents.

Etude critique de Nic Lewis

Le graphe ci-dessous est très révélateur à ce sujet :

D’emblée il apparaît très bizarre à Lewis que la simplerégression linéaire donne 0.88 per meg/an (droite bleue) alors que les auteurs indiquent 1.16per meg/an (droite rouge).

Nous n’allons pas entrer dans les  traitements statistiques qui ont permis à Lewis de réfuter totalement non le fond de l’étude mais ses résultats.

Vous pouvez les trouver sur le site Climate Etc ici, ici, et ici.

Vous trouverez également la réponse de Keeling sur le site de Realclimate ici.

Vous verrez que Keeling reconnaît son erreur mais introduit un nouveau ratio O/C égal à 1.05 contre 1.1, ce qui lui permet de moins baisser la tendance initiale.

 C’est franchement du grand n’importe quoi et ceci disqualifie complètement l’étude, ses auteurs et peer reviewers, et les médias s’en étant fait l’écho.

En fait on passe de cette figure :

A celle-ci :

La marge d’erreur est considérablement plus élevée et l’incertitude absolue est de 60% de la valeur centrale et encore, par un subterfuge peu glorieux de dernière minute.

Avec ce 1.21 +-0.72 10^22 J/an augmenté de 3% (voir article précédent) on arrive à un bilan radiatif de 0.77+-0.46 W/m2 pour la période 1991-2017.

On peut s’amuser en utilisant les données des auteurs à calculer la tendance de 2005 à 2015 pour se raccorder à l’article précédent et la détermination de Loeb et al 2017 : 0.71 W/m2 rappelons le.

On trouve 0.47 per meg/an qui correspond à 0.34W/2 en bilan radiatif pour cette période, soit 2 fois moins que Loeb 2017.

Sur une aussi courte période on peut douter de la significativité de ce chiffre, mais tout de même, on est très très très loin des annonces, alarmistes, initiales.

Pour ne pas compliquer les choses nous reparlerons plus tard mais brièvement du fameux processus de peer review, soit disant sensé ne pas laisser passer ce genre d’erreur.

Mais il est clair que si ce qu’ont trouvé Resplandy et al 2018 était vrai pour la période 2005-2015, il faudrait réviser les valeurs de sensibilité climatique non vers le haut, comme l’espéraient les auteurs et la revue Nature, mais considérablement vers le bas, une sensibilité climatique de 1°C étant alors vraisemblable.

Nous n’en sommes pas (encore ?) là…

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2 commentaires pour Resplandy et al 2018

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