les volcans en partie responsables du hiatus?

Décidément, la fameuse stabilisation de la température globale (le hiatus), depuis 10 à 16 ans, en plein réchauffement climatique, semble préoccuper pas mal ces temps-ci.

Cela fait de nombreuses années qu’on en parle, sur climat-evolution et ailleurs, mais il semble que les plus grosses pointures se réveillent, enfin.

D’emblée, en faisant un peu de mauvais esprit, je dirais que, lorsqu’on était en plein réchauffement entre 1976 et 1998, on s’était bien gardé de rechercher avec autant de zèle, les raisons pour lesquelles çà chauffait aussi vite.

Certains avaient bien parlé d’un « global brightening » suivant un « global dimming » pouvant expliquer, par l’augmentation de l’ensoleillement provoqué par la diminution de l’injection d’aérosols anthropiques, une augmentation du réchauffement.

Mais ils avaient été balayés rapidement sur l’autel du réchauffement climatique du à l’effet de serre, uniquement.

Je dois dire que j’avais, fort modestement, participé à ce balayage, faute, il est vrai, d’arguments très convaincants de la part des tenants du global brightening.

Depuis quelques mois, on assiste à un certain déchaînement d’études diverses, chacune donnant une explication différente sur les raisons du hiatus.

On a même vu une remise en cause (voir  Cowtan&Way )  des valeurs de température globale estimées par le fait que la totalité du globe n’était pas couverte de thermomètres.

Parmi les études diverses en question, la principale, à mes yeux, est celle de Trenberth et Fasullo 2013 qui évoque une forte absorption, par l’océan, de la chaleur dégagée par l’effet de serre au cours de ces 10 dernières années.
Le bémol que je ferais, rapidement, à ce que dit Trenberth, c’est qu’il est peu explicable que la chaleur se transmette si vite aussi profondément dans l’océan.

Mais on peut citer également, les aérosols chinois issus de la combustion du charbon, la vapeur d’eau stratosphérique, une augmentation de la puissance des alizés, etc.

Je ne vais pas, aujourd’hui, statuer sur  la pertinence de toutes ces hypothèses mais simplement sur une petite dernière qui concerne l’influence des volcans comme explication partielle et supplémentaire du hiatus.

Il s’agit de Volcanic contribution to decadal changes in troposheric temperature, parue dans Nature Geosciences.

Bien, c’est la troposphère qui est concernée, mais si on dispose des forçages de ces volcans, on peut essayer de faire une petite simulation avec les moyens du bord.

L’étude tend à démontrer que les éruptions récentes de la dernière décennie expliquent 15% environ du hiatus.

L’article n’est pas disponible pour le commun des mortels mais on dispose tout de même d‘information complémentaire où on trouve, entre autres, un graphique de la mesure (j’espère que c’est bien la mesure) de densité optique des aérosols stratosphériques (SAOD) issus de ces éruptions, pour la zone tropicale.

Un moyen simple d’estimer le forçage à partir de cette densité optique est de la multiplier, simplement, par -20.(voir ici)

On suppose que cette SAOD se retrouve sur le globe dans son ensemble (à mon avis on surestime ainsi les choses car presque tous les volcans concernés sont proches des régions tropicales sauf le Sarytchev qui est dans les îles Kouriles).

La courbe de SAOD est la suivante (j’ai utilisé la courbe noire en gras de la partie supérieure):

SAOD

On notera que l’échelle logarithmique amplifie, visuellement, les valeurs récentes.

Le forçage volcanique, depuis 1990, ainsi que l’anomalie de température en résultant (modèle simple) sont rassemblés sur le graphe ci-dessous:

foçage et temp

On fera attention au fait qu’il s’agit des forçages moyens annuels estimés au travers de la courbe de SAOD.

Le forçage maximal du Pinatubo, par exemple, était de l’ordre de -4W/m2 mais pas sur une année complète.

Ce qu’on peut remarquer c’est que la température ne fait quasiment que monter après le pic négatif consécutif au Pinatubo et que dans la période récente on ne constate pas de baisse tendancielle malgré les éruptions.

Cela me semble du au fait que la tendance de fond volcanique est encore dominée par les conséquences du Pinatubo sur le système climatique qui continuerait de se réchauffer, du fait de son inertie, malgré les petites éruptions mentionnées.

Je n’ai pas les moyens, ici de faire la différence entre températures troposphérique et de surface, mais ce que je peux dire c’est, qu’avec les hypothèses faites et les outils utilisés, les petites éruptions de la dernière décennie ne peuvent expliquer le hiatus, même partiellement.

Cet article a été publié dans mécanismes. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour les volcans en partie responsables du hiatus?

  1. gpiton dit :

    Bonjour Météor
    Il y a en effet de très nombreuses études ces derniers temps, qui ne donnent pas la même explication ou le même poids d’influence pour chaque paramètre.
    Sur le site de Troy masters, ses 2 derniers postes sont intéressants à lire : http://troyca.wordpress.com/

    • meteor31 dit :

      merci pour ce commentaire.
      c’est le premier sur ce nouveau climat-evolution.

      oui il y a plusieurs facteurs évoqués notamment dans l’article de GA Schmidt sur nature géosciences.
      je dois faire un petit article là dessus.

      au plaisir de te lire

  2. Ping : hiatus: la "conspiration" | climat-evolution

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s